Petit récit d’un stage d’initiation au ski de randonnée à Chamonix, du 21 au 25 janvier 2013

Lundi matin, 8h15, le rendez-vous avec mes clients est fixé au gîte. Après la présentation du stage, nous partons louer du matériel pour certains, puis filons au village du Tour pour une première journée test.
Géraldine, Alain, Patrice, Antoine, Julien, Patrick, Thierry (dans le rôle des clients charmants), toute cette petite équipe progresse derrière moi en direction de la Tête de Balme, dans une blancheur immaculée, le ciel et les nuages jouant à imiter les pentes alentours. Mais un foehn violent remontant la vallée nous pousse dans le dos et nous incite à ne pas traîner, et nous aide finalement à trouver le vaste plat du sommet, plein nord. Quelques regards, les peaux vite enlevées en faisant attention qu’elles ne s’envolent pas, puis nous commençons la descente en nous suivant prudemment en vastes courbes, pour ne perdre personne dans cette tempête de vent, de grésil et de blanc. Les piquets des pistes nous serons utiles pour rentrer au village. Belle mise en jambe.
Le lendemain au réveil, instant d’indécision, Italie ou France ! ; la vallée de Chamonix est encore sous la couche, mais le flair (il paraît que cela existe !) me fait choisir de monter à la Flégère pour la suite du programme. En montant à l’Index, vers 2300m, l’immense et épaisse couche ouatée est en-dessous, le ciel au-dessus est magnifiquement bleu et beau ; quand aux sourires du groupe, n’en parlons pas !
Avec le mauvais temps de la veille, une couche conséquente de neige froide recouvre la montagne. Aucune trace, aucun autre groupe en partance pour notre destination, les Aiguilles Crochues. C’est donc véritablement dans une nature intacte que nous traçons, parfois péniblement, un sillon vers le lac Blanc et le Belvédère. Un peu de prudence nous fait progresser avec des distances de sécurité raisonnables, mais les paysages nous font oublier la fatigue, enfin presque !
Quelques barres énergétiques, puis sous le col des Dards, les pentes finales semblant bien chargées, la montée prend fin. Péniblement, dans une neige profonde, il nous faut nous préparer pour la descente. Et là, dans 50 cm de neige légère, débute la magie de l’hiver ; tout le groupe un à un fait parler la poudre ! Skier est facile, cela tourne tout seul ! En bas de la première pente, les visages rayonnants expriment le bonheur de se trouver en cet endroit, seuls à faire des traces, arabesques éphémères d’un jour. Puis c’est un festival de petites pentes vierges, où chacun peut s’exprimer pleinement. Le plat du lac Blanc, puis une grande traversée face au géant du lieu, et nous revenons à la Flégère. La fin de la journée sera plus « classique » avec la descente d’une longue piste menant aux Praz.

Le 3e jour, direction la chaîne des Aravis. Au-dessus de Megève, un sommet arrondi sort la tête des forêts d’épicéas. C’est en cheminant entre les sapins blancs chargés de neige que nous montons au Petit Croise Baulet, puis au sommet principal, à 2236m, grandiose belvédère sur le massif du Mont-Blanc. La descente sera plus prudente que la veille ; avec un ciel voilé, le relief sur la neige s’est légèrement estompé et dès lors, il ne sera plus question de course folle à la meilleure trace !
L’Italie sera notre prochaine destination, en partant d’un charmant petit hameau, Arpy. A travers les forêts de mélèzes, nous remontons tout un vallon jusqu’au lago d’Arpy, pour aborder les belles pentes finales et ensoleillées de la Pointe de la Croix. Encore seuls au monde, excepté un surfeur en raquettes, et donc une belle trace à faire jusqu’au point culminant, d’où nous découvrons tout le versant sud et grandiose du massif du Mont-Blanc. Un petit pique-nique au soleil et sans vent, en prenant notre temps, sera notre récompense, à 2478m. A la descente, malgré quelques zones à la neige légèrement croûtée, les photographes ont pu s’exprimer à fond, et garder de nombreux souvenirs de nos traces de godille. Encore une journée de réussie, la neige ayant tenue toutes ses promesses, surtout entre les mélèzes !
Pour le dernier jour du stage, départ de nuit du gîte pour aller découvrir le versant suisse du massif, en partant de la vallée du Grand St Bernard. C’est dans une ambiance frisquette, mais sous un soleil radieux, que nous remontons la grande combe de Drône, pour faire une première vraie halte au soleil, près d’un lac gelé. De là, notre sommet est en vue, avec ses pentes beaucoup plus raides sur la fin. Le groupe s’étire, chacun à son rythme et dans ses pensées. Les couteaux entreront en action dans la dernière pente finale dure, et nous déchausserons à quelques mètres seulement du point culminant. 50 mètres d’une petite arête facile et la petite plate-forme des Monts Telliers nous accueille, à 2951m. Traditionnelle photos de groupe, puis plongée au bas des pentes raides pour le pique-nique, bien à l’abri du vent. Chacun négociera au mieux suivant son niveau la suite de la descente, dans de grandes pentes idéales pour le ski, avant le schuss final jusqu’au parking.
Dans le véhicule, sur le chemin du retour, les images prises lors de cette semaine circulent déjà de l’un à l’autre. Nous avons vraiment vécu une semaine extraordinaire, la météo et la neige y étant pour beaucoup. Mais l’ambiance générale due aux participants a aussi fait de ce stage une semaine d’exception.
François Matet (dans le rôle du guide)
